Concrete Transitions
Material transitions: rethinking aging infrastructures in the face of the deterioration of reinforced concrete
Le projet Concrete Transitions interroge la transition écologique à partir d’un angle résolument matériel : la détérioration du béton armé dans les ponts et barrages wallons.
Plutôt que d’ajouter une couche d’« innovation », le projet part du constat que nos sociétés ont hérité d’infrastructures massivement construites au XXᵉ siècle (1950–1970) et qui vieillissent simultanément, exposant des fragilités techniques, financières et politiques. Il propose d’étudier la « politique du vieillissement infrastructurel » : l’ensemble des savoirs, pratiques de maintenance et arbitrages publics qui conditionnent notre capacité à transformer ces systèmes dans le respect des limites planétaires. Deux hypothèses structurent la recherche : (1) la réussite des transitions écologiques dépend de la manière dont nous gérons et transformons ces infrastructures vieillissantes ; (2) cette gestion est indissociable des savoirs sur les matériaux (leurs comportements, interactions avec les milieux, données et mesures qui les documentent). L’objectif principal est d’éclairer comment le béton armé, matériau emblématique, mais vulnérable (corrosion de l’acier souvent invisible), est devenu un objet de connaissance, de maintenance et de politiques publiques, des promesses originelles de durabilité aux préoccupations actuelles. Les deux terrains – ponts et barrages – offrent un contraste riche et fortement généralisable.
Au cœur du cadre théorique, la notion de « material politics » (politique des matériaux) invite à suivre la production, la circulation et la mise en débat des données et mesures sur les matériaux ; Concrete Transitions l’étend en articulant cette perspective à la maintenance et à l’entretien au long cours, en conditions réelles et en interaction avec des milieux hydriques particulièrement agressifs pour le béton armé.
Le projet propose aussi de déplacer le regard : quitter le « paradigme de la panne » (on ne s’intéresse aux ponts/barrages qu’au moment de l’effondrement) pour adopter un « paradigme de l’usure », plus compatible avec une transition écologique ancrée, attentive aux dégradations progressives, aux arbitrages budgétaires et aux usages territoriaux.
L’enquête croise histoire, ethnographie et prospective participative.
Acteurs impliqués dans le projet
Promoteur principal : Pierre Delvenne – SPIRAL / UR Cité (Sciences politiques). Spécialiste STS, transitions et gouvernance des infrastructures,
Alexis Zimmer – Unité de Recherche en Architecture (URA). Historien de l’environnement appliqué à l’architecture/urbanisme
D’une certaine gaieté ASBL et SPW Mobilité & Infrastructures (gestion de > 6 000 ponts, expertise technique, accès aux audits/données). Leur implication soutient l’accès aux sites, archives, et programmes publics récents sur les ponts et barrages.
- Connaissances historiques consolidées sur la durabilité du béton armé et la manière dont les données (mesures, inspections, archives) deviennent politiques ;
- Cartographie des savoirs et pratiques de maintenance (tacite/explicite) et recommandations de gouvernance pour gérer l’usure plutôt que la seule panne ;
- Scénarios et chemins de transition co-élaborés (ateliers territoriaux, fiction labs), alimentant décisions publiques, stratégies de maintenance et design de solutions sobres et circulaires ;
- Diffusion vers le grand public et les professionnels (podcasts, cartographies, articles) pour instaurer une culture partagée de la transition autour des infrastructures existantes.
Concrete Transitions outille décideurs, gestionnaires et communautés pour faire durer autrement : comprendre ce que fait le béton armé aux territoires (et réciproquement), politiser l’usure plutôt que le spectaculaire, et co-construire des réponses techniquement réalistes, socialement justes et écologiquement soutenables.
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