Journée mondiale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie

Focus sur quatre recherches menées sur des thématiques LGBTQIA+


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À l'occasion de la Journée mondiale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie, l'Université de Liège met un coup de projecteur sur quatre recherches en lien avec les thématiques LGBTQIA+ et réaffirme son engagement dans la lutte contre toutes les formes de discriminations et de violences fondées sur le genre ou la préférence sexuelle.

Afin d’appuyer cet engagement, l’Université lève le drapeau LGBTQIA+ sur ses différents campus. Cette initiative a une valeur symbolique importante et est corrélée à des actions concrètes tout au long de l’année. La lutte contre le harcèlement et le respect de la diversité est en effet un engagement fort des autorités de l’ULiège. 

Stop au harcèlement !

Des personnes de confiance et des psychologues sont à l’écoute, en toute confidentialité, des témoignages ou appels à l’aide en cas de situation de harcèlement, de violence ou de non-respect.
Par ailleurs, des procédures allant de la médiation à la sanction sont prévues pour mettre fin aux comportements inappropriés. Ces derniers peuvent être signalés via l’adresse harcelement.personnel@uliege.be / harcelement.etudiant@uliege.be

Voix, logement, santé, muséologie

Pour marquer cette journée de sensibilisation, l’ULiège met également en lumière quatre recherches consacrées aux thématiques LGBTQIA+ : voix, logement, santé ou encore muséologie queer. Quatre regards scientifiques pour mieux comprendre les réalités vécues et faire avancer les connaissances. 

La voix, au cœur de l’affirmation de genre
   Dominique Morsomme, professeure de logopédie spécialisée dans la voix et Antoine Henrotin, doctorant·e en logopédie
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© ULiège

Les recherches menées à l’ULiège, au sein de l’unité de recherche RUCHE, et plus précisément dans l’unité de logopédie de la voix, portent sur la compréhension et l’accompagnement de la voix dans ses dimensions biologiques, sociales et identitaires. Depuis plus de 15 ans, une attention particulière est portée aux enjeux LGBTQIA+, à travers le développement de soins vocaux trans-affirmatifs.

La voix au cœur des enjeux identitaires

La voix joue un rôle clé dans la reconnaissance du genre. Après la chirurgie de la poitrine, elle constitue la deuxième préoccupation exprimée par de nombreuses personnes trans. Immédiatement perçue dans les interactions sociales, elle peut être source de bien-être ou, au contraire, de souffrance lorsqu’elle n’est pas en accord avec l’identité. Dans certains cas, cette question devient prioritaire dans la prise en soin.

Les recherches d'Antoine Henrotin et Dominique Morsomme (*) visent à mieux comprendre comment la voix est perçue et comment elle peut être modulée de manière respectueuse et personnalisée. Il ne s’agit pas de “normaliser” les voix, mais de permettre à chacun·e de développer une voix en accord avec ses objectifs et son vécu.

Construire les savoirs avec les personnes concernées

Ils développent des approches innovantes, notamment via la réalité virtuelle et la rétroaction (biofeedback) en temps réel sur la voix, permettant de s’entraîner dans des situations proches de la vie réelle. Ces outils favorisent la confiance et l’intégration des compétences vocales au quotidien. Sur le plan méthodologique, ils privilégient également la recherche communautaire, en co-construisant les savoirs avec les personnes concernées, comme en témoigne le projet UniCité.

Ces travaux s’inscrivent dans une réflexion plus large sur les normes de genre et les pratiques inclusives. Ils contribuent à améliorer l’accès aux soins, à former les professionnel·les et à sensibiliser aux réalités vécues par les personnes LGBTQIA+, à travers des collaborations avec notamment avec l’Université de Gand.

Créer du lien

Cet engagement se prolonge par des actions culturelles et sociétales. Le groupe interdisciplinaire Parole & Écriture, cofondé avec l’écrivaine Geneviève Damas, est né de la rencontre entre pratique clinique et création littéraire, avec la volonté de rompre l’isolement et de retisser du lien. Il réunit des personnes cis, trans et de genre divers dans un espace de partage et d’expression.

Une œuvre pour rendre visibles les vécus trans

Une artiste liégeoise a fait don au groupe Parole & Écriture d’un buste représentant une femme trans. À la suite de ce don, le groupe a pris la décision collégiale de le confier au d’art contemporain en plein air de l’ULiège, afin d’en favoriser la visibilité dans l’espace public et de l’inscrire dans un lieu propice à son exposition. Inauguré en mai 2025 à l’occasion de la Journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie, ce geste s’inscrit dans une dynamique de reconnaissance et de lutte contre les violences encore vécues par les personnes trans.

 

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* Alternating Masculinized and Feminized Vocal Motor Behavior: A self-study Single Case Experimental Design (SCED)

 * Logopécare : Philosophical-ethical contribution to gender-affirming vocal care

Dominique Morsomme est logopède, vocologiste et professeure ordinaire à l’Université de Liège, spécialisée dans la voix. Elle dirige l’Unité Voix (ULV) ainsi que l’unité de recherche RUCHE (Research Unit for a life-Course perspective on Health and Education). Ses travaux portent sur l’évaluation et la prise en soin de la voix, notamment en contexte transgenre.

Antoine Henrotin est doctorant·e FRESH-FNRS affilié à l'ULiège depuis février 2026. Sa thèse explore les soins vocaux transaffirmatifs à partir des humanités médicales, des études de genre et des sciences participatives. Elle vise plus spécifiquement à mieux comprendre et opérationnaliser les objectifs thérapeutiques. Ses promotrices sont Dominique Morsomme (logopédie de la voix, UR RUCHE) et Florence Caeymaex (éthique et humanités médicales, UR Traverse).

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Approche de la santé des hommes gays et bisexuels
   Maxence Ouafik, collaborateur scientifique au département de médecine générale
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© C. Vrayenne

Dans le cadre de sa thèse de doctorat réalisée à l’ULiège, Maxence Ouafik a cherché à améliorer la compréhension de la santé des hommes appartenant à une minorité sexuelle. Pour ce faire, il a analysé les facteurs influençant leur santé et comment ces facteurs interagissent entre eux. 

L'intérêt de cette recherche consiste à réinscrire la santé des hommes appartenant à une minorité sexuelle dans le contexte social qui permet l’émergence de problèmes médicaux. L’objectif était également d’élucider les mécanismes par lesquels les différents facteurs identifiés (solitude, estime de soi, dépression, idées et pensées suicidaires, faible soutien social et prise de risque sexuel) se renforçent mutuellement

Maxence Ouafik s’est servi du concept de « syndémie », issu de l'anthropologie médicale, qui vise à comprendre comment le social produit des problèmes de santé et comment ces problèmes se renforcent mutuellement dans les populations minorisées.

Comparer les vécus des hommes cis et trans 

L'originalité de ce travail, outre le cadre théorique, était de s'intéresser à la santé des hommes trans et cis ayant des relations avec d'autres hommes. Maxence Ouafik a donc ainsi pu évaluer les ressemblances et divergences entre un public mixte sur le plan de la modalité de genre (cis versus trans) réuni autour d'une même sexualité minoritaire.

Des constats préoccupants

Ce travail a permis de mettre en évidence les éléments suivants :

  • La dépression, les idées et pensées suicidaires, la solitude, la faible estime de soi et la prise de risques sexuels sont fréquents dans ces deux populations. La prévalence de la dépression est de 30% dans l’échantillon global (25% pour les hommes cis et 43% pour les hommes trans) alors que la prévalence chez les hommes belges est de 15%.
  • La fréquence des comportements et idées suicidaires est plus élevée chez les hommes trans que chez les hommes cis. 36% des hommes cis avaient pensé au suicide plus d’une fois dans les 12 derniers mois et 70% des hommes trans. 15% d’hommes cis et 47% d'hommes trans de l’échantillon ont effectué au moins une tentative de suicide, contre 3,1% dans la population masculine belge.
  • Une faible estime de soi occupe une place centrale dans ce tableau et induit un renforcement mutuel avec la dépression et les idées et pensées suicidaires. Plus ces dernières sont importantes, plus une faible estime de soi renforce les symptômes dépressifs.

Il est important de noter que, même si les prévalences sont élevées, on ne peut pas considérer le public comme intrinsèquement à risque ou considérer que le risque est distribué de manière homogène dans toute la population étudiée. 

Vers de meilleures pratiques d’accompagnement

En termes d'application concrète, ce travail suggère l'estime de soi comme piste thérapeutique importante en psychothérapie, laquelle doit être combinée avec une amélioration de l'offre de soin, encore très largement insuffisante, ainsi qu'à des pratiques de pair-aidance en santé mentale (trajectoire de rétablissement qui repose sur une entraide entre personnes ayant vécu les situations subies et/ou faisant encore partie d'un groupe stigmatisé ou minoritaire). 

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Médecin généraliste et chercheur basé à Liège, Maxence Ouafik est collaborateur scientifique au département de médecine générale et a été le premier à combiner simultanément doctorat et spécialisation dans sa discipline. En parallèle de son cabinet, il travaille en planning familial pour l'accompagnement hormonal des personnes trans.

Risques de précarité en matière d’accès au logement et à la santé
   Juliette Renard, docteure en sciences politiques et sociales, Loïc Perrin, doctorant en sciences politiques et sociales
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© M. Houet - L. Sacco

Malgré un cadre légal parmi les plus avancés en Europe, les personnes LGBTQIA+ continuent de faire face à des formes de précarité souvent invisibles. C’est ce paradoxe que mettent en lumière des travaux menés à l’Université de Liège sur l’accès au logement et aux soins.

Documenter des réalités encore peu visibles

Sous la direction du Pr Geoffrey Grandjean, Loïc Perrin et Juliette Renard ont conduit une étude exploratoire à l’échelle de la Wallonie, fondée sur plus de 60 heures d’entretiens avec des professionnel·les de terrain et des personnes concernées. L’objectif : documenter des réalités encore peu étudiées en Belgique, notamment les difficultés spécifiques rencontrées par les minorités sexuelles et de genre dans ces deux domaines essentiels à la dignité humaine.

Leurs recherches révèlent notamment l’existence d’un sans-abrisme invisible, comme le couchsurfing (le fait de vivre temporairement chez des membres de la famille ou des amis), qui touche particulièrement les jeunes LGBTQIA+ à la suite de ruptures familiales. Un phénomène accentué par le manque de structures d’accueil spécialisées. Il n’existe en effet que deux refuges dédiés à ces minorités, à Liège et à Charleroi.

Leurs travaux révèlent aussi, malgré la législation en vigueur, la persistance de discriminations de la part des propriétaires mettant des biens en location.

Des soins souvent peu adaptés

Dans le domaine de la santé, leurs recherches mettent en évidence deux phénomènes : les personnes LGBTQIA+ sont dans un moins bon état de santé général et leur prise en charge est souvent inadaptée. En cause : des structures encore largement pensées selon des normes cisgenres et hétérosexuelles.

Un exemple : une personne qui fait une transition administrative avant une transition médicale n’aura plus accès au remboursement de certains soins ».

Au-delà du constat, ces travaux interrogent en profondeur l’écart entre droits formels et réalités vécues. Le cadre légal progresse, mais cela ne signifie pas que les discriminations disparaissent.

Ces recherches contribuent aussi à mieux comprendre des mécanismes de précarisation encore peu visibles et à formuler des recommandations concrètes, comme l’encadrement des loyers, des contacts plus étroits entre les abris de nuit et les associations LGBTQIA+ ou encore une meilleure formation des profesionnel·les de santé.

En savoir +

Juliette Renard est docteure en sciences politiques et sociales. Elle travaille désormais en tant qu’attachée à la direction administrative en charge de la recherche au sein de la Faculté de Droit, de Sciences politiques et de Criminologie.

Loïc Perrin est doctorant en sciences politiques et sociales, sous mandat d’aspirant FNRS. Il travaille sur les politiques culturelles en Belgique, et sur les multiples liens qui se tissent entre art, territoire et urbanité.

Geoffrey Grandjean est professeur à la Faculté de droit, de science politique et de criminologie de l'Université de Liège. Il est également chercheur associé à l'École de droit de Sciences Po Paris. Ses recherches et ses enseignements portent sur l'histoire politique et les institutions politiques belges et européennes.

Les thématiques LGBTQIA+ et queers s’invitent au Musée
   Noah Meunier, diplômé·e en histoire de l’art à finalité muséologie
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photo Noah Meunier-Anujin Magnaijargal

© Anujin Magnaijargal

Apparue dans les années 2010, la muséologie queer s’intéresse aux liens entre les musées et les thématiques, identités et pratiques politiques queer et LGBTQIA+. Cette discipline profite des superpositions entre la dimension critique queer et les enjeux muséaux contemporains. Les musées occidentaux questionnent en effet de plus en plus leurs rapports aux publics, en particulier issus de communautés minorisées. Ces questionnements donnent lieu à l’intégration de manifestations portant sur les thématiques queers et LGBTQIA+ au sein des activités muséales.

Comment les musées belges abordent les questions LGBTQIA+

Dans le cadre de son mémoire, Noah Meunier a analysé les différentes façons dont les musées belges traitent des thématiques queers et LGBTQIA+. Réalisée à travers 26 musées et institutions culturelles, son analyse démontre qu’il est possible de porter une attention aux questions LGBTQIA+ et queers au sein de chaque fonction muséale : la médiation, la conservation, la programmation des expositions et des événements ainsi que la politique institutionnelle (fonctionnement interne, embauche du personnel, charte éthique…).

Inscrire les pratiques inclusives dans la durée

Ce mémoire rappelle en outre que la pérennité des efforts menés au sein de ces structures est nécessaire pour engager un véritable changement structurel et éviter un « effet de mode ». À l’heure où les droits LGBTQIA+ et la place de la culture dans la société sont parfois remis en question, il est essentiel de continuer à faire vivre, notamment dans les musées, la richesse et la diversité de nos sociétés.

Après la défense de son mémoire, Noah Meunier a poursuivi sa formation à travers un master de spécialisation en études de Genre à l’UCLouvain qui lui a permis d’étudier les « impacts {des} opérateurs d’appui muséaux sur les pratiques inclusives du paysage muséal belge » à travers un stage au sein de la fédération des musées bruxellois.

Ses recherches autour des questions artistiques et muséales queers et de genre se manifestent actuellement au sein du projet de recherche « Une histoire de l’art contemporain queer en Belgique » mené par l’ISELP depuis 2024. Il cherche également à financer un projet doctoral portant sur la réception du concept d’intersectionnalité au sein des musées européens.

 

En savoir +

Noah Meunier est diplômé·e en histoire de l’art à finalité muséologie à l’ULiège depuis 2024 et en études de Genre depuis 2025. Ses recherches s’inscrivent dans le courant de la « muséologie queer ». Elles étudient les rapports qu’entretiennent les musées avec les thématiques, les identités et les pratiques politiques queers et LGBTQIA+.

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